Pourquoi si peu choisissent la dermatologie ? Un métier bien plus rare qu’on croit
Il fut un temps – pas si lointain – où dire « je suis dermatologue » provoquait au mieux un soupçon de curiosité (« alors, c’est quoi ce bouton sur ma jambe ? »), au pire, le vide sidéral. Aujourd’hui, c’est plutôt l’air ébahi et les yeux brillants qui accueillent votre réponse : « ah oui, ça existe encore ? Vous prenez des nouveaux patients ? ». Si la dermatologie semble soudain aussi évasive qu’une perle dans une huître, ce n’est pas un hasard. Explorons ce métier précieux et… si rare.
La dermatologie : de la vocation à la pénurie
Commençons par un brin d’histoire médicale. Longtemps, les dermatologues exerçaient avec un diplôme appelé CES ou le DES, ce dernier après avoir traversé l’âpre concours de l’internat ou les Épreuves Nationales Classantes, suivies de quatre ans d’internat dédié à la dermatologie. Problème : les détenteurs de CES prennent petit à petit une retraite bien méritée, laissant la relève dans une situation précaire, conséquence directe d’un numerus clausus implacable depuis plus de vingt ans. Cette double restriction, pour l’admission en seconde année et pour l’entrée en sixième année d’internat, a tari le renouvellement des effectifs.
Le chiffre est parlant : depuis plusieurs années, selon le Journal Officiel, trois dermatologues partent à la retraite pour un seul nouveau diplômé. Depuis deux ans, on note un léger frémissement : les postes d’internes en dermatologie ont été augmentés, mais l’équilibre, si tout va bien, n’arrivera qu’en 2030… Cette situation n’est pas l’apanage des dermatologues, mais ils illustrent parfaitement les difficultés de la médecine française.
Une spécialité aux multiples visages (mais peu de bras !)
Répétons-le : la dermatologie est loin de se limiter à la chasse aux rides ou à la traque du bouton adolescent. Elle embrasse un spectre impressionnant de compétences, allant de l’infectieux à la cancérologie en passant par la médecine interne et les maladies auto-immunes. Impossible à déléguer à la va-vite, elle s’avère indispensable à chacun.
N’écoutez pas les naïfs qui balancent que les dermatologues ne font plus que de l’esthétique. L’idée que les rendez-vous médicaux en dermato se font rares à cause de botox et consorts est du même niveau que de vouloir sauver les hôpitaux en réintégrant les soignants non vaccinés…
- Il y a énormément de demandes en esthétique, de la part des femmes et des hommes de tous âges.
- Beaucoup de généralistes pratiquent exclusivement la médecine esthétique.
- Il vaut mieux que ces gestes restent dans le giron médical, et non pas entre les mains d’influenceuses bidouillant dans leur cave sans aucune notion anatomique.
L’esthétique fait pleinement partie du métier de dermatologue, point final !
Pourquoi la relève tarde-t-elle ?
Les nouveaux diplômés (et surtout diplômées, les femmes étant majoritaires) rechignent à s’installer en ville. Pourquoi ?
- Certains préfèrent l’hôpital où les cas sont plus complexes et les 35 heures garanties pour les praticiens hospitaliers.
- Les jeunes médecins sont désormais attentifs à des notions que leurs aînés ne formulaient même pas : qualité de vie, bonnes conditions de travail. La vocation ne manque pourtant pas, les bacheliers sont nombreux à cocher la case « dermatologie » sur Parcours Sup.
Mais après 4 ou 5 ans d’internat (traduisez : version officielle de l’esclavage hospitalier), difficile de vouloir travailler après 18 heures ou encore le samedi. La génération des médecins corvéables tend enfin à disparaître, et franchement, qui s’en plaindra ? D’autant que les charges de fonctionnement d’un cabinet, sans parler de celles de l’État, pèsent lourd sur les épaules.
Administration, rendez-vous fantômes et autres subtilités françaises
Venir s’installer en libéral, c’est aussi affronter un mur d’administratif. Un étonnement plane : pourquoi l’État, qui a pourtant chèrement formé ses médecins, ne met-il pas la main à la pâte en fournissant un peu d’aide pour la gestion, la comptabilité, le secrétariat ? Même pas besoin de désert médical pour en éprouver le besoin, d’autant qu’avec la situation actuelle, l’ensemble du pays pourrait bientôt ressembler à un vaste désert médical.
Et pour finir, parlons franchement des patients. Entre les rendez-vous non honorés (pour combien d’absences non justifiées chaque semaine ?) et ceux qui surgissent en urgence pour un simple bobo, comment organiser la gestion ? Faut-il filtrer en amont, hiérarchiser les motifs, responsabiliser ceux qui plantent le médecin au dernier moment, voire facturer la consultation non honorée ? Les idées ne manquent pas, mais le sujet reste brûlant.
Conclusion : la médecine française est à la croisée des chemins, en matière d’organisation, de gestion, d’image. La dermatologie, spécialité indispensable et aujourd’hui rare, illustre avec brio les défis du système. Face à la désertification et à la mutation du métier, il serait urgent de se mettre collectivement autour de la table : médecins, patients, institutionnels. En attendant, si vous avez la chance d’avoir un rendez-vous avec un dermatologue, chérissez-le… et surtout, ne le ratez pas !










